Textes

Le Bal des Oublié.e.s

Performance et cérémonie au Pan café Paris 2024. Voir le projet. Ci-dessous les textes de la soirée :

1 . Le Derviche 

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Je vais au festival du merveilleux au Musée des Arts Forains à Bercy . Un événement qui se passe à chaque Noël. Pour l’occasion le musée ouvre avec des attractions et différents performeureurses. On regarde les spectacles. D’abord le french cancan. Puis viens le tour du derviche tourneur. L’homme a un costume qui se déploie quand il tourne avec une jupe très longue. Il tourne sur lui même tête droite et yeux ouverts. Le présentateur encourage la foule à taper dans ses mains. Ça dure longtemps, il a toujours les yeux ouverts  et la tête droite. L’homme ralenti mais il est toujours en  train de tourner. 

Les enfants rigolent, les parents regardent les enfants rigoler.

Le présentateur fait semblant de rigoler avec tout le monde. Il est payé pour ça.

Le derviche tourneur ralenti. Mais le présentateur parle plus fort.

Et surtout plus c’est long plus le présentateur est payé alors il encourage le tourneur :

‘Allé on l’applaudi mesdames et messieurs, allé  les enfants, on réclame encore un tour !’

‘Allé mon vieux encore ! Encore !’.

On rit, on rit et lui, il tourne il tourne.

On rit, on rit. Il tourne moins vite, moins vite.

‘Allé mon vieux encore un ! ’.

On applaudit, il accélère. Il commence à se toucher le visage.

Il a pas l’air bien non ? Mais le présentateur s’en fout, il veut son fric merde !

‘Allé, bravo quel exploit ! Encore ! Encore ! Tous ensemble ! Encore un tour !’

‘Encore un tour !’ 

‘Encore un tour !’ 

… 

Et là catastrophe, l’homme tombe d’un coup à terre, le buste en premier, les jambes en l’air puis au sol, sa jupe par-dessus son visage. 

Les adultes s’occupent de leurs enfants et leur cachent les yeux.

Le présentateur, lui, regarde au sol mais ne bouge pas. Etait il choqué ou comptait il déjà son salaire. Nous nous précipitons vers le tourneur allongé, le présentateur va chercher des secours, une personne qui le connait était dans le public et est à ses côtés. C’était sa soeur. Nous enlevons le tissus de sa jupe  tombé sur son visage. Et là je vous jure messieurs dames que j’ai vu quelque chose que je suis sur de ne plus jamais revoir de ma vie. Son corps, lui, était inerte mais ses yeux ouverts tournaient encore. Comme ça. oui comme ça. (Les yeux roulent) ‘encore un tour’ encore un tour’… ils tournent encore, puis se ferment. Les secours sont là, ils remettent la jupe sur le visage de l’homme, il était mort. On avait applaudi un homme qui faisait un AVC.

Nous partons. Sa soeur nous demande nos numéros, nous les lui donnons.

Le soir même nous avons été remboursés de nos billets par le musée, l’email énonçait que  ‘le musée juge bien entendu  qu’on ne paye pas pour un spectacle qui n’atteint pas la fin.’

Plus tard je reçois un message de sa sœur, elle a été touchée par notre présence pendant l’accident et nous invite à ses obsèques. Il n’y aura pas grand monde, elle nous dit , il n’avait pas beaucoup d’amis. Nous décidons d’y aller, il n’y avait pas grand monde c’est vrai. La cérémonie commence.

Je n’étais pas allée à des funérailles depuis quelques années et j’avais oublié les personnes fascinantes que sont les croques morts. 4 homme débarquent, dans des costumes très serrés, des chaussures qui couinent, ils fument, ils se grattent… 

C’est des croques morts très heureux,

Ils se regardent, 

C’est l’heure,

‘Messieurs’ disent ils tous en même temps, 

Ils baissent la tête et quand ils la relèvent ils ne sourient plus,

Ils sont au travail tout de même.

à la une 

Ils jettent leurs clopes

à la deux, 

Ils se frottent les mains

à la trois

Ils contractent leurs bras

À la trois bis

Les boutons de leurs chemises souffrent

À la 3 ter 

Ils s’organisent mieux

Toi va là

Toi va en bas

Moi je prends le haut

Mais il marmonne

‘Pourquoi il est aussi lourd le haut, finalement moi je prends le bas, 

C’est bizarre, il doit être mis à l’envers le gars dans le cercueil.’

Et Go, 

Ils le soulèvent assez haut pour le foutre assez bas pour que personne n’y touche plus jamais.

C’était fini. 

Sa soeur passe une musique, mais c’est une musique sur laquelle l’homme est mort. J’ai trouvé ça de très mauvais gout, mais elle m’explique qu’il ne connaissait que celle là, alors on ne dit rien. La maitresse de cérémonie va voir la soeur et lui dit qu’il va falloir arrêter la musique car la Sacem prend désormais une taxe sur les musiques d’enterrement alors ils arrêtent. 

La MC sait ce qu’ils doivent ressentir c’est son métier. ‘C’est normal d’être déçus’. Elle leur dit. On mettra la radio dans le corbillard du retour. C’est triste… c’est neutre… La MC le sait alors elle leur dit ‘Oui C’est triste… c’est neutre…’, elle dit que ça n’est pas avec lui qu’on fera un événement historique : pas de drapeaux de vieux avec des bérets, de flammes, de bouquets de fleurs en forme de couronne… On se rappelle toujours ce qui est bon des personnes qui ont disparues. Mais pour certains il n’y a rien. Ça arrive dit la maitresse de cérémonie. Ça arrive que des personne sortent de la vie en ratant une marche. Elle dit alors ‘ D’habitude, je dis amen pour les enterrements qui veut dire ainsi soit il mais là ça me parait trop injuste. Alors à ce monsieur et à toutes celles et ceux qui ratent leur sortie de la vie je leur souhaite de pouvoir faire encore un tour, encore un tour oui ! Mais en mieux, oh oui encore un tour mais en mieux’. Tout le monde est d’accord, la maîtresse de cérémonie leur dit ‘Encore un tour, et toutes répètent ‘Encore un tour mais en mieux’.

Comme nous aussi nous voulons rentrer dans l’histoire à tout prix, mais ici, surtout au rabais. J’ai proposé aux spectacteurices de venir lire des biographies, collectées en amont, de personnes qui sont elles aussi sorties de la vie en ratant une marche.

2 . Hommage à Maria

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Nous sommes déguisé·es en croques mort·es assis·es sur le bar du Pan café.

Nous avons enterré l’autre jour une femme, Maria. On nous a dit que nous serions seul.es avec le cercueil. Que cette femme ne connaissait absolument personne, nous n’aurons aucune cérémonie à attendre. Si elle est seule on ne fait pas trop d’effort. Allé plus vite on finit plus vite on pourra aller boire un coup. On soulève le cercueil, on le met dans le trou creusé. Mais le trou semble un peu étroit mais on y va quand même. On prend les crochets, on glisse le bas d’abord. le cercueil y va un peu, puis s’arrête d’un coup. Oh non ! On l’a coincé en travers ! On tire ensemble pour le sortir de là, mais il semble embourbé. 

Et d’un coup un homme et une femme arrivent. La femme est en pleurs et l’homme derrière elle tient une grosse corbeille de fleur. Elle pleure fort, elle nous dit qu’elle est la soeur de la femme que nous avons enterré. Enfin, que nous avons commencé à enterrer. Nous disons ensemble ‘toutes nos condoléances madame’. Elle pleure, les policiers ne l’ont pas prévenue car elle a changé de nom de famille. Elle pleure, elle ne savait plus rien de sa sœur depuis 30 ans. Nous avons honte et baissons la tête. nous nous écartons pour qu’elle puisse voir le cercueil, celui qui est coincé en diagonale, comme une arête de poisson dans une gorge gloutonne. Un des croques morts susurre,” moi je suis en formation je sais pas dealer avec ça”. L’autre dit qu’il ne veut pas se péter le dos. Alors avec les marbrier on creuse autour, on pousse avec les pieds, on pousse on pousse, elle pleure. On est tellement désolés. Le cercueil bouge un peu, Il est désormais en diagonale mais plus bas dans le trou. On arrête.

La femme se place devant le cercueil, elle pleure longtemps. Nous attendons à ses côtés, vu que nous ne l’avions pas attendu pour mettre sa sœur en terre. Elle sort la tête de ses mains, elle ne pleure plus, regarde le cercueil et là son visage se fronce, elle dit, 

“Tu vois Maria, tu vois c’est ça Maria, de garder tes petits mystères, de garder ses secrets, tu vois c’est ça maria, de couper les ponts, on se retrouve seule dans sa petite boite, seule dans son cercueil, regarde toi ma vieille y’a personne à ton enterrement, même moi je suis pas là, je suis pas là maria. Y’a juste les croques morts, tu les as même pas payé toi, t’es morte avant même de pouvoir signer un chèque. 

Toi la honte tu connais pas. Toujours à faire des caprices, à te rouler au sol quand ça ne t’allait pas. Bah là personne va te récupérer par terre. Ta grande gueule passe même pas dans ce très grand trou. 

Toi et tes conflits incessants, pour moi tu es une victime de guerre en temps de paix. 

Si t’avais choppé le covid j’ouvrais le champagne ma vieille. 

T’as toujours été sur le départ, quand on te parlait tu regardais déjà ailleurs. Mais chérie la porte de sortie est une porte battante et elle te revient vite dessus. 

Tu n’auras rien marqué d’autres que mes nerfs. 

On avait des choses à faire, des diners à prendre ensemble sauf que tu as gobé mon dessert et t’es partie. 

Tu as été tellement absente et passive qu’on aurait du mettre des portes gobelets sur ton cercueil.

Tu t’es sûrement enterrée avec ton oseille. Et puis si ça se trouve t’es même pas dedans. 

Il manquait un méchant dans l’histoire ça sera toi maria. 

On se définit par nos relations et là clairement tu as merdé. T’as crié, t’as crié, plus fort plus fort plus fort et t’es morte. ‘

Elle pointe à son mari le sol pour qu’il pose la corbeille à côté du trou puis s’en va. Dans la panique l’homme pose les fleurs sur le cercueil beaucoup trop en diagonale pour ça. Elle glisse petit à petit et tombe dans la trou. Nous avions enterré les fleurs avant la femme. Il nous dit ‘pardon’ puis court rejoindre sa femme déjà loin. 

On comprend qu’on ne sera jamais payés. Maria et sa soeur nous ont bien enflées. On va aller boire nos émotions.

On prend un verre et on le soulève à 3 car les croques mort·es soulèvent tout ensemble

On va trinquer ensemble maintenant. Levez vos verres.

A celleux qui sont mort.es et ceux qui n’ont pas eu à payer pour mourir, on leur dit bravo, bravo d’avoir été des filous au moins une fois dans leur vie. Peut être que partir en secret c’est ça aussi de faire sa révolution.

Une minute de silence s’impose alors, soyez serieu.ses.

La Minute de silence est interrompue lorsqu’on lâche le verre derrière le bar.  Je me baisse pour ensuite sortir de derrière le comptoir le trophée du Bal des Oublié.e.s 2024. La musique démarre, on sert le repas. 

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RENDS L’ ARGENT

Appel téléphonique 2024

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A mon job alimentaire j’ai accès à un téléphone fixe dont personne ne connait le numéro. J’en profite régulièrement pour faire des blagues téléphoniques. 

J’ai appris qu’un ami avait reçu de l’argent de la part de l’ADAGP (quelle audace). Je l’appelle alors :« Bonjour monsieur. Je me présente, je m’appelle Christine et travaille pour l’ADAGP. Je vous contacte car nous avons un soucis avec votre compte et nous vous avons versé de l’argent en trop.

(Il tombe tout de suite dans le panneau) : Ah mince ! Oh non !

Je vous laisse vérifier sur votre compte le montant reçu.

(Il cherche dans ses comptes en râlant) Oui j’ai bien reçu cette somme.

Oui c’est bien ça, nous allons vous en reprendre une partie…. 

Oh mais je ne comprends pas c’est ce que je devais recevoir…

Désolé pour cette erreur. Vous savez monsieur, l’ADAPG est une institution fragile… Si quelqu’un reçoit trop d’argent, une autre personne n’en reçoit pas assez… Et là en l’occurence, c’est moi monsieur qui n’ai pas reçu mon argent ! Et je veux partir en vacances, je veux mon argent, je veux me faire kiffer je suis fatigué monsieur ! Rendez nous l’argent !!

J’éclate de rire et me démasque.

Je m’excuse à mon ami.

Vous avez déjà vu un théâtre s’arrêter parce que quelqu’un·e s’est faite écraser dehors ? 

Texte performé dans une chapelle parisienne désacralisée 2023. Voir le projet

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Je vais vous raconter l’histoire d’un lieu très spécial. Je vous préviens il va falloir me croire. C’est un lieu qui regroupe une église, une université et un théâtre.
Et qui en plus d’avoir ces trois lieux en son sein, est entièrement et exclusivement féminin. 

Et oui ça a existé. Je vous ai dit de me croire non ? Vous allez me dire ‘ Montre moi ! Montre nous ! ’, Mais tout doux, je vais vous raconter d’abord. 

Ces trois lieux sont donc dans une même pièce carré et chacun y a son coin. Ici le théâtre, là l’université, et là l’église.
Et là vous aller me dire : ’Mais t’en as oublié un de coin’
Bah oui je sais, le dernier coin du carré est celui des indécises. 

Donc dans le coin des paumées on peut entendre : /discours tout en accélération/
« Je ne sais pas si aujourd’hui je veux aller à l’université, au théâtre ou à l’église. Est ce qu’aujourd’hui je veux m’instruire, me divertir, ou me faire pardonner. Stratégiquement est ce qu’il vaut mieux : 

D’abord aller à l’université pour mieux comprendre le théâtre mais pour moins aimer Dieu. 

Ou bien commencer par aller à l’église, sentir tout de suite la dette de Dieu, faire une dépression, écrire une mauvaise pièce de théâtre, rater ma carrière pour finir prof à l’université. » 

Bref personne ne vous conseillera le 4ème coin.
En général quand on commence de ce côté on y reste. 

À l’extérieur de ce carré, il n’y a rien de très interessant. 

À l’intérieur par contre, toutes les femmes ont leurs habitudes, chacune a l’institution qu’elle s’est attitrée, elle ne la quitte pas et elle le justifie à sa manière. Chacune continue de prêcher pour sa paroisse même si petit à petit elles ne sont plus très sures de ce qu’elles avancent. 

« Oh vous savez moi prêtre c’est mon job alimentaire » 

Les échanges sont rares entre les différentes femmes du carré, Mais au fond toutes sont jalouses les unes des autres. 

‘Si elle, elle est actrice, moi je suis curée de campagne’ 

(‘Mais tu es curée de campagne…’)

Elles se regardent et s’envient les activités les unes des autres, elles s’épient,
Elles essayent de regarder sous le rideau de théâtre, comme sous la soutane de la prêtre. Elles voient rien, elles s’essoufflent. Elles s’emmerdent même. 

Les professeures ne font plus honneur à leurs costumes, les actrices ne profitent plus de leurs accessoires. Elles sont toutes tristes en belles robes de bal. Et les prêtres, elles, se mouchent dans leurs aubes et elles chantent sans conviction. (Chanter en couinant ‘il est né le divin enfant’)

Le carré tourne en rond.
Puis un jour un petit homme rentre dans notre carré.
Il cherche sa mère, se met au milieu de toutes et crie ‘Maman ??! »
Et toutes les femmes des trois institutions, ont le même reflex, elles se retournent vers lui en même temps et crient
‘’ Quoiiii ???’’ 

Puis toutes se regardent, et elles se marrent. ‘Aha j’ai eu peur heureusement c’est pas le miens, il est à toi ? Non ? Non plus non ? Ahahaha tant mieux j’ai pas le temps là, moi non plus, ahaha mais qui a le temps de pondre ça ? ……. J’en profite vous voulez visiter notre coin ? D’ailleurs ça fait depuis quelques temps que je voulais te le demander, j’aurai bien repris quelques décors de théâtre pour ma messe, et quelques livres pour mes études ’ Elles ont toutes une révélation. Elles ont de nouvelles copines maintenant, elles ont chacune deux autres institutions à découvrir. 

Et si Dieu profitait du Show business ?
Et si la messe était le lieu où toutes se retrouvent dans la joie, ivres les unes des autres ?
Sous l’influence des actrices, leurs réunions prennent vite des allures de spectacle, ‘on va monter un truc !’ Disent elles.
La prêtre dit : ‘Au commencement du monde, le théâtre était totalement religieux d’ailleurs, avant que des petites malines comme vous veuillent s’en mettre plein les poches’
Les professeures disent ‘ il faut s’organiser ’
On distribue les rôles.
Aucune d’elles ne veut être figurante de l’histoire et encore moins figurante tout court.
Des gargouilles pour les plus idiotes, qu’elles tiennent simplement la pose. Elle gardent les yeux ouverts et tirent la langue. ‘C’est bien comme ça ?’ (Le dire avec la langue sortie)
Certaines sont des anges un peu macho-rigolo,
D’autres des personnages brillants, des buissons ardents, des nuits étoilées…
Et finalement pour jouer Dieu il faut bien quelqu’une, mais les rôles sont déjà distribués 

il reste seulement la plus petite de toutes, ‘et merde’ ‘on a qu’à lui mettre des talonnettes’ tient essaye ça’ ‘hum…’’on dirait sarkozy non ? ’
Rajoute lui des épaulettes et de la déco, qu’elle ait l’air importante. 

Désormais
Elles avalent la vie comme des gros goéland 

Elles se confessent au théâtre,
Elles applaudissent dans les bibliothèques,
Et dansent dans l’église,
Elles bénissent la France et toutes ses ordures, 

Merci à nos fidèles et nos fans. 

Si vous n’avez pas bien compris l’ambiance dans ce carré de femmes c’est un petit peu comme : un jour un ami m’a dit ‘mais imagine si Miss France vrillait totalement et hurlait ‘Mais regarde moi maman c’est moi la plus belle de France !’. Bref c’est un peu ça l’ambiance dans le carré.

Un jour dans toute cette folie, une des actrices de théâtre ouvre la Bible, elle ne l’avait jamais lu. Mais la pauvre maladroite la fait tomber, toutes la regarde, elle s’excuse.
Le lendemain l’actrice en question disparait.
Dans le carré désormais faire tomber un livre devient signe de malheur. Donc on les mets tous à terre à l’avance, ‘ils ne tomberont pas plus bas’ justifient elles toutes. 

Cette bibliothèque de planches devient une scène commune. 

Le temps passe, pour le coup notre Sarkozy commençait à ressembler à Elisabeth 2. Elles ont déjà présenté La Bible 1, La Bible 2, La Bible 3, La revanche de la Bible. Leur vie est un rappel en continu , les indécises ont enfin décidé, 

Des hommes passent des fois devant ces femmes,
« Doit y’avoir une fuite de gaz là dedans , elles sont toutes devenues folles…. »
Elle leur répondait
« Mais venez avec nous venez ! »
« C’est le bordel. On se croirait à l’Assemblée Nationale »
Mais c’est bien connu les hommes ne veulent pas et ne savent pas jouer, ‘On échange pas les uniformes’ disent les idiots. Ils sont persuadés que c’est un délire de femme.

Pas d’homme pas de problème. Ils sont vites remplacés par une moustache faite au charbon pour les représentations. 

Comme a dit Dieu : Le commencement de la sagesse, c’est la crainte de la Femme. (Ou de l’Eternel je ne sais plus). 

Vous pouvez le dire maintenant vous en rêvez de ce lieu. Malheureusement il n’existe plus, il a existé le temps d’un moment hors du temps, un endroit hors de règles, des écoles et ministères. 

Cet endroit, je l’ai trouvé dans un témoignage d’un prisonnier de la Seconde Guerre Mondiale, un livre trouvé par hasard chez un revendeur : « Théâtre et musiques des temps de misères », écrit par Paul Juif, (qui n’était pas Juif). Il dit que dans un même baraquement se trouvait une église, un théâtre et une université, ‘la baraque 20’. 

Elles étaient des papesses au pays des diables, et dans le monde qu’elles vont conquérir Dieu n’a guère sa place.
Seulement la guerre autour d’elles.
Lorsque les alarmes sonnent elles chantent, ‘pour une fois qu’on a des instruments pour nos numéros.’
Dans le carré c’est toujours la folie. Ça donne un mélimélo d’uniformes, un mélimélo de cravates, de pompons, d’épaulettes, de chaussures, de perruques, elles échangent leurs soutifs, leurs tabliers, leurs soutanes et blouses… 

On perdait le fil de qui était un dégénérée ? qui était une prisonnière politique ? qui était dangereuse ? qui n’était même pas encore répertoriée ?…
Chaque fois qu’une d’elles se faisait interroger par un soldat pour se faire embarquer, elle dit toujours ‘Mais monsieur l’agent je suis curée de campagne moi’ 

Petite voix : ’Ah bah tu vois tu l’es’.


Beaucoup de Juives se cachaient parmi elles. Elles y étaient heureuses. Mais attention lorsqu’on est Juive il est interdit de ramasser quoi que ce soit dans une église au risque de se prosterner devant la mauvaise personne. Alors elles utilisent des cannes pour tourner les pages des livres au sol.

A la sortie de la guerre, On ouvre la baraque 20, on est horrifiés de ces femmes qui marchent sur la Bible. ‘Mais elle nous aura élevée bien plus haut que les talonnettes !’.
La sortie de cette baraque, pour les femmes c’est la sortie des artistes. Elles se disent au revoir en espérant ne jamais se recroiser. Et elles se jurent qu’elles doivent toutes se marier avec des fils d’archevêques pour être tranquilles s’il y a un nouveau conflit et de ne pas faire circoncire leurs enfants. Bye Bye les copines, seuls les prêtres regrettent cette période où la messe a attiré tant de Juives. 

Les femmes du carré n’ont plus jamais performées car elles ont la même peur que tous les artistes : que leurs oeuvres soient reprise par de la merde.

Elles reçoivent donc des légions d’honneur, certaines une, certaines deux, une pour chaque téton.

Et voilà, cette histoire m’a été inspirée par un petit garçon qui est monté à l’étage des femmes de la synagogue, qui a crié ‘Maman !’ Toutes se retournent et répondent ‘Y’a Quoi ??!’

Elle m’a aussi été inspirée par un dicton qui dit que quand les Juives ont de l’argent elles achètent des abbayes, des cloîtres et des églises. Et aussi par beaucoup de superstitions.

Lorsque mon Arrière Grand Père croisait une personne en soutane, il était persuadé comme beaucoup qu’elle portait malheur. Il retournait chez lui, buvait un verre d’eau et réessayait de commencer sa journée. 

Je souhaitais un prêtre pour m’accompagner lors de ce numéro. Mais ils étaient tous bien trop intéressés par l’argent.

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Maïta Kanovitch

Texte performé accompagné par Itshak Rosanis, musicien Klezmer 2022. Voir le projet

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Elle s’appelle Maïta Kanovitch, 

Elle est actrice, danseuse, et cabarettiste durant les années folles en Allemagne, 

C’est une vraie Juive du show-business,  

Maïta est libertine, elle est là pour mettre l’ambiance, et elle ne ménage personne,

Elle ne comprend pas vraiment elle-même son succès vu ses deux pieds gauches. 

Mais elle commande le Boléro à Ravel.

Elle vie la démesure, son existence est un théâtre,

Elle joue des tours à tout ceux qui l’admirent, 

Quand maita regrette une action, elle s’arrête et dit 

‘Et scène !’ et fait la révérence,

C’était une scène, en fait ! Quelle bonne actrice,

Cette femme, un épuisement,

Pas longtemps, d’un coup, 

C’est la guerre, 

Les cabarets deviennent noirs tandis que les

Les soupes s’éclaircissent,

Même si adorée, Maïta n’est pas épargnée, à cause d’une foi millénaire qui lui colle aux talonnettes,

Sa dernière représentation, est la pièce de Jeanne d’Arc au bûcher, mauvaise pioche, elle aurait préféré finir sur une histoire de femme un peu moins pieuse.

Ils étaient venus en nombre la voir brûler une toute dernière fois cette folle qui entendait des voix, mais Maïta contrairement à cette pauvre Jeanne, n’entendait qu’une seule voix, qu’elle jugeait tout aussi importante que celle de Dieu : la sienne

/intermède musical/

Pour Maïta, il n’est plus possible de continuer sa vie en Allemagne, elle est maintenant en exil, 

Elle n’a jamais été figurante, alors elle refuse de devenir figurante de l’histoire, de n’importe quelle histoire d’ailleurs. Elle rejoint alors cette troupe Juive nommée Karussell, avec un K

Karussell comme le manège, 

Karussell comme les jours qui se ressemblent et 

s’assemblent en temps de guerre, 

en rotation ou plutôt en boucle, 

des Juifs comme des poissons dans un bocal. 

Ils créent un show ensemble, 

Et c’est Maïta en madame loyale, qui accueille le public. Elle disait, à peu près :  

« Ne manquez pas nos étrangetés et bizarreries, 

rapprochez vous, entrez dans ce spectacle 

d’orchestration Juive » 

Petite pause, ensuite elle gueule : 

«Je vous ai compris ! » 

formule assez vague pour plaire à tout le monde,  

Elle gueule encore : 

« Installez vous prenez des boissons, »

Elle les faisait attendre, le temps passe jusqu’à ce qu’ils boivent l’eau des glaçons. Là la troupe pouvait enfin commencer.

Au départ, leur théâtre est sans spectateur, 

tous participent, on regarde à tour de rôle, 

 «Il n’y a que des Juifs dans la salle, on dirait une 

synagogue ! » se plaignait Maïta, elle qui était 

habituée à un public bobo branché allemand, costume trois pièces, chapeau, petit mouchoir.

Au fur et à mesure que le temps passe et que les barbes se rallongent, tous accourent. Tous veulent venir voir le spectaculaire Juif. Mais il ne faut pas oublier que c’est la guerre, on a l’air un peu délabrés… et pourtant..

Lorsque ça commence, ceux qui ont assisté au spectacle disent avoir vu des actes incroyables. Des numéros qu’on disait aussi satisfaisant que :

D’avoir le dernier mot,

Aussi satisfaisant que le V de victoire, 

Aussi satisfaisant que d’aller dans une crèche sans masque, 

Aussi satisfaisant que de se faire passer pour Jean Yves Le Drian et escroquer 80 millions d’euros par appel téléphonique, 

Aussi jouissif que les applaudissements de la foule envoutée, 

Aussi bon que de passer sous le bureau,

Que de poser la première pierre,

Et d’Atteindre le point Godwin

Aussi excitant que :

D’assister à un meeting Ségolène au Zénith, ‘c’est du Prozac’ disait on dans Libération,

D’apprendre que les odeurs des boulangeries son fausses,

De découvrir que Pétain a inventé les mono de colo et les « délit de non-assistance à personne en danger »

Aussi satisfaisant que de :

Se torcher à la buvette des députés,

Que de voir le chancelier allemand pleurer à Varsovie,

Que de changer de nom et devenir ministre,

Proclamer un héros,

Jouer aux allemands,

Regarder le clip de campagne de Zemmour,

Et regarder Miss france,

Aussi bon que de retirer les bancs publiques,

Que de klaxonner pour dire amen,

Que de raconter de la merde, 

Et dire ‘La République c’est 

moi’ 

Et aussi délicieux que de mourrir pour la France.

/intermède musical/ 

Les cabarettistes 

deviennent alors historiens 

car la démocratie est déjà une farce,

Ils se donnent la réplique à chaque instant, 

avec l’ombre de la potence sur la scène, 

Ils ne différencient plus le théâtre de la vie 

Il sort des toilettes ‘Et scène !’ 

Il rate une marche ‘Et scène !’ 

Karussell rêve de performer dans des Abbayes, les cloîtres, les mairies.

Certains spectateurs regardent sous la tente pour ne pas payer, 

Maïta les rattrape : ‘Non non ! Au fond de la salle ! ’

Les musiciens Klezmer de la troupe les accompagnent dans leur folie, et ne s’arrêtent plus de jouer et  d’improviser sur leur mouvements jusqu’à en avoir de la corne aux pouces. 

Lorsque la guerre termine, Maïta rentre enfin chez elle.

En l’honneur de la persévérance de Karussell , l’Etat allemand leur décerne une médaille, la légion d’honneur version Deutsch kalitat, et décide de proclamer un jour du Spectaculaire Juif, un jour férié.

Ce jour là les enfants sortent en avance de l’école, et les supérettes ferment à midi, et leurs portraits sont imprimés sur des cartes postales.

Mais c’est vite remplacé par la fête du travail, et tout le monde s’en fout comme de l’an 40.

Maïta est en Allemagne, mais ça la dérange, le mec qui lui demande de payer ses impôts est collabo. Elle part vivre en France. Ah bah non ici c’est pareil. Au moins ici il fait meilleur, Elle vient comme tous les vieux mourir sur la Côte d’Azur, à Vence.

Sunday

Nouvelle 2022