Biographie et CV

» Léna Aboukrat fait de sa pratique artistique un terrain comique où chaque mythe, rituel, fête et symbole est prétexte à entrevoir les craquelures de notre société. De sa situation de personne juive au XXIe siècle, il disserte sur le monde avec l’humour décapant d’un·e jongleur·euse médiéval·e. Performances, vidéos et stand-up sont joués comme des farces où nos grands récits et nos monolithes culturels se délient, se ridiculisent parfois et se complexifient. L’artiste représente des scènes de genre, reproduit postures et attitudes dans laquelle il ajoute ou retire un élément narratif, élimant la trame et les motifs de nos histoires, imaginant de nouvelles potentialités et des alternatives. Avec le privilège du fou du roi, et toute l’insolente intelligence de ses questions, Léna Aboukrat s’infiltre dans les récits dominants pour mieux dévoiler leurs contradictions les plus grinçantes. Depuis le drapeau français, son histoire et les rapports que nous entretenons avec lui, l’artiste rend flagrant la sécheresse de nos récits nationaux, observe le malaise ou la fascination presque mystique que suscite ce symbole. Ces drapeaux récupérés en mairie et légalement inattaquables font l’objet d’une mise en scène pensée comme invitation à l’expression populaire, à des moments de jeu avec l’installation et de happenings. » Thomas Lemire

Expositions
2022
BBQ Confusion, exposition collective au Narcissio, Nice
Lauréat du programme ‘Rouvrir le Monde’ de la Drac PACA
2023
Performance aux Laboratoires d’Aubervilliers, sur une invitation de François Hiffler et Pascale Murtin
‘Le Grand Soir’ soirée de Performances organisée en partenariat avec Plateau Urbain dans une chapelle désacralisée (Paris)
‘The Groom’s Monologue‘, soirée de performances au Sample organisée par Andréa Leguellec, Aurélie Massa et Chloé Charrois
‘Each Day’, exposition collective organisée par le collectif NEST, Galerie du Crous (Paris)
Résidence à la ‘Maison dans Laquelle‘, fondée par Lola Gonzalez et Malak Maatoug
2024
‘Ce qui nous oblige‘, exposition collective à la Villa Arson (Nice), Commissariat par Sophie Lapalu
‘Contre Soirée‘, exposition collective à la Galerie Michel Journiac et à Césure (Paris) par le collectif DésamianT
‘Le Bal des oublié.e.s’ soirée organisée au Pan Café (Saint Denis) sur l’invitation de Cécile Paris
Résidence de 6 mois à la Villa Belleville (Paris)
2025
68 ème Salon de Montrouge
Exposition collective à l’Abri Mémoire ‘Libertés ?’, Uffholtz, Alsace
Résidence de recherche au centre d’art Les Capucins à Embrun
2026
/En cours/ programme Pépites aux Subsistances, Lyon : Création et production d’une performance
Parutions
2023 Revue Dykes weapon
2024 NN Fiction numéro 5 : ‘Amour et rage’
2024 La Part Affective, écrit par Sophie Orlando, aux presses du réel
2025 article dans Le Dauphine Libéré
Formations
2017-22 Villa Arson (Nice)
2020 Stage auprès d’Agata d’Ingarden
2021 Stage auprès de Kapwani Kiwanga
2022 Formations sur les Tiers-Lieux d’artistes donnée par Léa Massaré Di Duca
Association ‘Charte éthique égalité et diversité’
Permis B

» Fouiller dans les fun facts de l’Histoire l’envers de celle-ci «
S’emparant avec humour du kitsch des cérémonies officielles, de la pompe des grands discours, du clinquant du décorum, la dernière œuvre de Léna Aboukrat nous interroge : qui a l’honneur d’être célébré·e ? Qui a le droit à la mémoire nationale ? Quels noms seront inscrits sur les monuments ? Le Bal des oublié·es (2024), installation et performance collective, propose de commémorer des personnes décédées que le public considère comme négligé·es par l’Histoire. Les monuments sont en effet à destination des générations futures en vue de consacrer ce qu’il s’est passé, mais qui en décide ? Car au final, qui écrit l’Histoire ? Et qui nous la relate ? « Je mène des recherches sur des gestes historiques de gloires, de fêtes et de défaites. Par cette collection et en la racontant, je cherche à questionner la hiérarchie des savoirs et de celles et ceux qui la racontent ainsi que notre rapport aux institutions comme porteuses de mémoires intimes. » Aussi, l’artiste invente-t-il des récits où l’humour côtoie la tragédie, le camp s’allie au drapeau français et le mauvais goût institutionnel frôle le crime de lèse-majesté.
Diplômé de la Villa Arson, Léna Aboukrat a grandi dans une famille engagée dans la mémoire de la Shoah ; lui-même travaille aujourd’hui à la librairie du mémorial à Paris. Empruntant des chemins fictionnels entre performances, installations et vidéos, il s’empare de ces questions mémorielles, costumé de velours, rehaussé de galons et maquillé de paillettes. Il nous emmène ainsi au travers de récits historiques autant fantasmés que documentés, relatant ici la sororité au sein d’un lieu qui regroupait théâtre, église et université durant la guerre (Vous avez déjà vu un théâtre s’arrêter parce que quelqu’un·e s’est fait écraser dehors ? 2024) ; et là, un livre de recettes dans le ghetto niçois (Cookbook pour la reine du ghetto ou conte pour servir à l’histoire du spectaculaire Juif, 2023). La vidéo Karussel (2023, du nom du cabaret monté par Kurt Gerron dans le camp de Theresienstadt pour distraire les autres détenu·es) oscille entre documentaire et mise en scène théâtrale ; on y découvre les souvenirs d’enfant cachée de Madeleine Germain, le récit déchirant de Pierre Lellouche (qui découvrit le visage de ses parents jamais connus grâce à une photo de tournage où iels avaient travaillé), ou encore les mémoires de Suzanne Beer, fille d’un compositeur juif d’opérettes populaires polonaises. L’artiste cherche à retrouver l’ambiance des théâtres juifs de l’entre-deux guerres (Maïta Kanovitch, performance et projection, 2022, One Jewish Women Show, performance, 2022) comme les formes de résistance à l’œuvre dans les camps (Le Plus Beau Moment d’une vie, concert 2021). Ainsi ne cesse-t-il de fouiller dans les fun facts (je le cite) de l’Histoire l’envers de celle-ci. » Sophie Lapalu
